Abandon de Poste et Chômage 2026 : La Réforme qui a Tout Changé
Attention : changement majeur depuis avril 2023
Depuis la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, l'abandon de poste ne permet plus d'obtenir le chômage automatiquement. Un salarié qui abandonne son poste sans justification est désormais présumé avoir démissionné.
Qu'est-ce que l'abandon de poste ?
L'abandon de poste désigne la situation d'un salarié qui cesse de se présenter à son poste de travail sans autorisation préalable ni justification valable (arrêt maladie, motif légitime), et qui ne répond pas aux mises en demeure de son employeur. Il se distingue d'une absence pour maladie ou congé, qui sont des cas prévus et réglementés par le droit du travail.
Avant la réforme de 2023, l'abandon de poste plaçait l'employeur dans une situation inconfortable : il devait engager une procédure de licenciement pour faute grave ou sérieuse pour rompre officiellement le contrat. Or, tout licenciement — même pour faute grave — ouvrait automatiquement droit à l'ARE pour le salarié. Certains salariés utilisaient donc l'abandon de poste comme une voie détournée pour quitter leur emploi tout en préservant leur droit au chômage.
La réforme du 17 avril 2023 : présomption de démission
La loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 relative au marché du travail a créé un nouvel article L.1237-19-1 dans le Code du travail, instaurant une présomption de démissionen cas d'abandon de poste. La procédure est strictement encadrée :
- Étape 1 — Mise en demeure : l'employeur adresse une lettre recommandée avec accusé de réception (ou remise en main propre contre décharge) au salarié, lui demandant de reprendre son poste ou de justifier son absence.
- Étape 2 — Délai de réponse : le salarié dispose de 15 jours calendairesà compter de la réception de la mise en demeure pour répondre.
- Étape 3 — Présomption automatique : sans réponse dans ce délai, le salarié est présumé avoir démissionné. L'employeur n'a pas à engager de procédure disciplinaire.
Conséquence directe :la présomption de démission est assimilée à une démission volontaire. Elle ne donne pasdroit à l'ARE, contrairement au licenciement pour faute qui s'appliquait avant 2023.
Peut-on contester la présomption de démission ?
Oui, devant le conseil de prud'hommes. Le salarié peut renverser la présomption en prouvant que l'abandon de poste était justifié par l'un des motifs suivants :
- Situation de danger grave et imminent(article L.4131-1 du Code du travail) : le salarié avait un motif raisonnable de penser que sa vie ou sa santé était en danger immédiat sur son lieu de travail.
- Motif médical : un arrêt maladie existait mais n'avait pas été transmis à l'employeur par erreur ou omission involontaire.
- Manquement grave de l'employeur : non-paiement du salaire, harcèlement moral ou sexuel, modification unilatérale d'un élément essentiel du contrat.
En cas de succès devant les prud'hommes, la rupture est requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse, ce qui ouvre droit à l'ARE et peut donner lieu à des dommages et intérêts.
Abandon de poste pour raison médicale ou état de santé
Si l'absence est liée à un arrêt de travaildûment prescrit par un médecin, ou à une procédure d'inaptitude en cours de reconnaissance par le médecin du travail, l'employeur ne peut pas déclencher la procédure de présomption de démission pendant la durée de l'arrêt ou tant que la procédure d'inaptitude est en cours.
Conseil pratique :transmettez immédiatement votre arrêt de travail à votre employeur (idéalement dans les 48 heures), de préférence par lettre recommandée pour en garder la trace. Un arrêt maladie correctement transmis bloque toute procédure de présomption de démission.
Que faire si vous avez été présumé démissionnaire ?
Même sans droit immédiat à l'ARE, plusieurs options s'offrent à vous :
Option 1 — Contestation prud'homale :si vous estimez avoir un motif valable justifiant l'abandon (danger, maladie, faute de l'employeur), saisissez le conseil de prud'hommes dans les délais (12 mois pour une rupture du contrat de travail). Une réorientation en licenciement sans cause réelle ouvre les droits ARE.
Option 2 — Réexamen après 121 jours : si vous ne contestez pas, inscrivez-vous à France Travail dès que possible. Après 121 jours de chômage non indemnisé, vous pouvez demander le réexamen de votre dossier à une instance paritaire régionale (IPR). L'ARE peut être accordée à titre exceptionnel si vous avez activement recherché un emploi.
Important : inscrivez-vous à France Travail même sans allocationpour bénéficier de l'accompagnement, et pour débuter le décompte des 121 jours le plus tôt possible.
Quelle allocation si les droits sont ouverts ?
Si la présomption de démission est contestée avec succès ou si l'IPR accorde l'ARE après réexamen, le calcul de l'allocation est identique à tout autre cas : SJR calculé sur les 24derniers mois, formules Unédic appliquées, durée en fonction des mois cotisés. Utilisez le calculateur ci-dessous pour obtenir une estimation.
Estimez votre ARE si les droits sont ouverts
Salaire brut moyen sur la période travaillée
Sur les 24 derniers mois (36 mois si 55 ans et plus)
Âge à la date de fin du contrat de travail
Votre estimation
- Allocation mensuelle brute
- 1 425,00 €
- Durée d'indemnisation
- 12 mois
- Salaire journalier de référence (SJR)
- 83,33 €
- Formule retenue
- 57 % du SJR
soit 47,50 € par jour
365 jours indemnisables
Estimation indicative. France Travail calcule sur la base de vos attestations employeur.
Barème en vigueur depuis le 01/07/2025
Questions fréquentes
L'abandon de poste donne-t-il encore droit au chômage en 2026 ?
Non depuis la réforme du 17 avril 2023. Sans réponse à la mise en demeure sous 15 jours, le salarié est présumé démissionnaire et perd son droit à l'ARE, sauf cas légitime reconnu ou décision prud'homale favorable.
Quelle est la procédure exacte en cas d'abandon de poste ?
L'employeur envoie une lettre recommandée mettant en demeure le salarié de reprendre son poste ou de justifier son absence. Sans réponse dans les 15 jours calendaires, la présomption de démission s'applique automatiquement.
Peut-on contester une présomption de démission ?
Oui, devant les prud'hommes. Si le motif de l'abandon était légitime (danger, maladie, faute de l'employeur), la rupture peut être requalifiée en licenciement, ouvrant droit à l'ARE et à des indemnités.
Que faire si je n'ai pas droit au chômage après un abandon de poste ?
Inscrivez-vous à France Travail sans attendre pour bénéficier de l'accompagnement et débuter le décompte des 121 jours. Après ce délai, une instance paritaire régionale peut accorder l'ARE à titre exceptionnel.